Le scénario est d'une banalité affligeante : votre meilleur commercial démissionne, et trois mois plus tard, vos clients historiques résilient les uns après les autres.
Tous récupérés par la société qu’il vient de créer, avec vos tarifs, vos argumentaires et, vous en jureriez, votre fichier clients. Vous « savez ». Mais savoir n’est rien : en matière de concurrence déloyale, tout se joue sur ce que vous pouvez prouver, et la preuve se trouve rarement là où on l’attend. Méthode, en trois cercles concentriques, du plus accessible au plus offensif.
QU'EST-CE QUE LA CONCURRENCE DÉLOYALE ? LES QUATRE VISAGES DE LA FAUTE
La concurrence est libre ; c’est son exercice déloyal qui engage la responsabilité de son auteur. La concurrence déloyale n’est définie par aucun texte spécifique : elle repose sur la responsabilité civile de droit commun (article 1240 du Code civil), ce qui la rend d’autant plus souple à invoquer. La jurisprudence range les actes de concurrence déloyale en quatre familles, qu’il faut identifier tôt car chacune appelle ses preuves propres :
- La confusion : imiter votre nom, votre logo, votre site, vos emballages, pour capter votre clientèle dans le sillage de votre notoriété.
- Le dénigrement : jeter publiquement le discrédit sur vos produits, vos prix ou votre solidité, y compris par avis et publications interposés.
- La désorganisation : débaucher massivement vos équipes, détourner vos fichiers et secrets d’affaires, désorganiser votre réseau de distribution.
- Le parasitisme : se placer dans votre sillage pour profiter, sans rien dépenser, de vos investissements, votre R&D, vos campagnes, votre image.
S’y ajoute le cas de l’ex-salarié lié par une clause de non-concurrence violée, terrain contractuel distinct mais preuves largement communes.
PREMIER CERCLE : PROUVER LA CONCURRENCE DÉLOYALE VISIBLE EN LIGNE
Beaucoup d’actes de concurrence déloyale se commettent au grand jour : site imitant le vôtre, publications dénigrantes, annonces de recrutement ciblant vos équipes, pages LinkedIn où l’ex-salarié prospecte ostensiblement vos clients pendant son préavis, avis suspects publiés en rafale. Ces preuves sont accessibles, mais périssables : un site se modifie en une heure, un post se supprime en un clic, souvent dès la première mise en demeure.
Le réflexe est donc celui de tout contentieux numérique : faire constater avant d’alerter. Constat internet du site litigieux et de ses pages copiées, constat des publications et profils, constat de SMS ou de messages le cas échéant : le procès-verbal du commissaire de justice, qui fait foi jusqu’à preuve contraire, transforme des impressions d’écran discutables en socle de dossier. Nos articles dédiés au constat internet et au constat de messageries détaillent ces protocoles ; ils s’appliquent ici mot pour mot.
DEUXIÈME CERCLE : LE CONSTAT D'ACHAT, OU PROVOQUER LOYALEMENT LA PREUVE
Certains agissements ne se voient que de l’intérieur. Comment prouver qu’un concurrent vend effectivement le produit copié, qu’il pratique le prix cassé annoncé au téléphone, qu’il démarche vos clients avec votre grille tarifaire ? La réponse jurisprudentielle s’appelle le constat d’achat : un tiers indépendant procède à un achat dans les conditions d’un client ordinaire, et le commissaire de justice constate l’opération, le produit, le ticket, l’environnement de vente.
La frontière à ne pas franchir est celle de la loyauté : pas de provocation à commettre une faute qui n’aurait pas eu lieu sans vous, pas de stratagème déguisant l’identité du commissaire au-delà de ce que la jurisprudence admet, pas d’intrusion dans des espaces privés. L’exercice est balisé par une jurisprudence abondante et évolutive, et c’est précisément pour cela qu’il doit être piloté par un professionnel : un constat d’achat mal construit est écarté des débats, et avec lui, parfois, tout le dossier.
TROISIÈME CERCLE : LA REQUÊTE 145 CPC, CHERCHER LA PREUVE CHEZ L'ADVERSAIRE
Reste le cœur du réacteur : le fichier clients copié la veille du départ, les courriels de prospection envoyés depuis la nouvelle société, la comptabilité qui chiffre le détournement. Ces preuves-là sont chez l’adversaire, et vous n’irez pas les chercher vous-même. Le droit vous offre mieux : l’article 145 du Code de procédure civile permet, avant tout procès, de demander au juge, par requête non contradictoire pour préserver l’effet de surprise, l’autorisation de faire recueillir ces éléments par un commissaire de justice, souvent assisté d’un expert informatique.
Le jour dit, le commissaire se présente dans les locaux ou au domicile visé, muni de l’ordonnance, et procède selon ses termes exacts : recherche par mots-clés dans les messageries et serveurs, copie des fichiers pertinents, inventaire des documents commerciaux. Les éléments saisis sont généralement placés sous séquestre, un tri ultérieur préservant les secrets d’affaires non concernés peut être opéré. Bien exécutée, la mesure produit des dossiers accablants : dates de copie des fichiers, courriels adressés à vos clients, tableaux de reprise de votre portefeuille. Mal calibrée, requête trop large, exécution approximative, elle s’expose à la rétractation de l’ordonnance et à la restitution de tout ce qui a été collecté. Là encore, la technique procédurale fait la différence entre une arme décisive et un coup d’épée dans l’eau.
Cercle | Preuves visées | Outils | Risque à maîtriser |
1. Public | Sites, réseaux sociaux, annonces, avis | Constat internet, constat de messages | Disparition des contenus : agir vite |
2. Provoqué | Ventes effectives, pratiques commerciales | Constat d’achat, visites constatées | Loyauté de la preuve |
3. Chez l’adversaire | Fichiers, courriels, comptabilité | Requête 145 CPC + commissaire + expert | Rédaction de la requête, exécution rigoureuse |
CHIFFRER LE PRÉJUDICE DE CONCURRENCE DÉLOYALE : L'ANGLE MORT DES DOSSIERS
Prouver la faute ne suffit pas ; il faut prouver le préjudice et son lien avec elle. Trop de dossiers de concurrence déloyale, solides sur la faute, s’effondrent au stade de l’indemnisation, faute d’avoir documenté la perte : évolution du chiffre d’affaires client par client, marge perdue sur les contrats résiliés, coûts de reconstitution d’équipe après débauchage, investissements parasités. Constituez ce volet dès le premier jour, avec votre expert-comptable, et datez tout : la chronologie entre les actes déloyaux constatés et l’hémorragie commerciale est souvent l’argument qui emporte la conviction du tribunal. La jurisprudence admet par ailleurs qu’un préjudice s’infère nécessairement de certains actes déloyaux, mais mieux vaut un chiffrage étayé qu’une présomption plaidée.
LE CALENDRIER DE LA RIPOSTE EN CONCURRENCE DÉLOYALE
Dans un dossier de concurrence déloyale, l’ordre des étapes compte autant que leur contenu. Le schéma ci-dessous résume la séquence type, telle que l’étude la met en œuvre avec l’avocat de l’entreprise.
CONCURRENCE DÉLOYALE D'UN SALARIÉ ENCORE EN POSTE : CAS PARTICULIER
Un mot sur la configuration la plus délicate : les soupçons naissent alors que le salarié n’est pas encore parti. Création discrète d’une société concurrente pendant le contrat, transferts de fichiers vers une adresse personnelle, prospection de vos clients « pour plus tard » : ces agissements, commis pendant l’exécution du contrat de travail, constituent des manquements à l’obligation de loyauté, sanctionnables disciplinairement et civilement. La collecte de preuves obéit alors à des règles spécifiques : l’employeur peut contrôler la messagerie professionnelle dans les limites fixées par la jurisprudence, les fichiers non identifiés comme personnels étant présumés professionnels, mais toute intrusion dans la sphère privée du salarié expose au rejet des preuves et à des poursuites. Le trio charte informatique solide, conseil juridique en amont et constat de commissaire de justice au bon moment évite les faux pas, et prépare, si le départ se confirme, la bascule vers les trois cercles décrits plus haut.
PRÉVENIR LA CONCURRENCE DÉLOYALE : LE RÉFLEXE PRÉVENTIF
La meilleure défense reste l’anticipation : clauses de non-concurrence et de confidentialité à jour, traçabilité des accès aux fichiers stratégiques, charte informatique permettant le contrôle des messageries professionnelles, dépôt horodaté de vos créations et bases de données. Le jour où un départ vous inquiète, ces fondations décident de presque tout : elles transforment la collecte de preuves en formalité, là où leur absence la transforme en course d’obstacles.
Un départ suspect, des clients qui s’évaporent, un concurrent trop bien renseigné ? Face à une situation de concurrence déloyale, l’étude LBAL constate, discrètement et dans les règles : constats internet et d’achat, exécution des mesures 145 CPC avec experts, assignations. Interventions dans toute l’Île-de-France depuis Paris, Bagnolet, Argenteuil et Neuilly-sur-Seine — 01.43.62.14.97.
Questions fréquentes (FAQ)
Oui. En l’absence de clause, la liberté du travail et la liberté du commerce s’appliquent : votre ancien salarié peut créer une entreprise concurrente ou rejoindre un concurrent. Ce qui lui est interdit, ce sont les moyens déloyaux : emporter votre fichier clients, utiliser vos documents internes, dénigrer votre entreprise ou débaucher massivement vos équipes. L’action en concurrence déloyale sanctionne la façon de concurrencer, pas le fait de concurrencer.
L’action en concurrence déloyale se prescrit en principe par cinq ans, à compter du jour où vous avez connu, ou auriez dû connaître, les faits (article 2224 du Code civil). Ce délai est confortable sur le papier, mais trompeur en pratique : les preuves, elles, disparaissent en quelques jours. Agissez dès les premiers soupçons.
La contrefaçon suppose un droit privatif : une marque déposée, un brevet, un dessin ou modèle, ou une œuvre protégée par le droit d’auteur. La concurrence déloyale sanctionne un comportement fautif, même en l’absence de tout droit privatif. Les deux actions peuvent être engagées ensemble, à condition de reposer sur des faits distincts.
Entre commerçants ou sociétés commerciales, l’action en concurrence déloyale relève en principe du tribunal de commerce, que l’on appelle désormais tribunal des activités économiques dans certaines juridictions expérimentales. Dans les autres cas, c’est le tribunal judiciaire. Lorsque des questions de propriété intellectuelle sont en jeu, des règles de compétence spécifiques s’appliquent : votre avocat orientera le dossier.
Le but : Saisir par surprise des preuves matérielles (copier des disques durs, des boîtes mails, saisir des documents comptables) avant qu’elles ne disparaissent.
La condition : Il faut justifier d’un motif légitime et avoir un faisceau d’indices (des présomptions) sans pour autant avoir encore la preuve absolue.
Rarement. Une capture d’écran est facile à contester, car elle n’a ni date certaine ni garantie d’intégrité. Le procès-verbal de constat d’un commissaire de justice, lui, fait foi jusqu’à preuve contraire. C’est lui qui transforme une impression en preuve recevable et difficilement discutable.
Un constat internet ou un constat d’achat se chiffre généralement en centaines d’euros. Une mesure sur requête 145 CPC avec un expert informatique représente un budget plus conséquent, établi sur devis selon l’ampleur des opérations. Ces frais sont à mettre en regard du préjudice : une clientèle détournée se chiffre souvent en dizaines, voire en centaines de milliers d’euros.








